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Signing & Closing

La clause d'earn-out / complément de prix : un pari sur l'avenir ?

Julien Plantardpar Julien Plantard

Oui, c'est un pari. Et comme tout pari, il repose sur une hypothèse : que le vendeur et l'acheteur partagent la même vision de l'avenir. Le problème ? Cet alignement est par nature fragile. L’earn-out ne supprime pas le désaccord de valorisation. Il le déplace dans le temps.

Pourquoi l'earn-out émerge dans une négociation ?

L’earn-out émerge généralement d’un désaccord partiel sur la valorisation. Le vendeur anticipe une accélération de la performance, portée par le développement commercial, le lancement de nouvelles offres ou l’acquisition de clients stratégiques. L’acquéreur, de son côté, reste plus prudent, en particulier lorsque ces perspectives ne sont pas encore pleinement reflétées dans les performances historiques.

L’earn-out devient alors un mécanisme d’ajustement : une partie du prix est conditionnée à la matérialisation des résultats futurs.

Dans la pratique, l’earn-out est un mécanisme fréquemment utilisé dans les transactions de PME. Les acquéreurs financiers (type fonds de private equity) y ont recours de manière plus systématique, notamment pour aligner les intérêts et conditionner une partie du prix à la performance future. À l’inverse, les acquéreurs industriels privilégient souvent des structures de prix plus sécurisées dès la signature, en recourant à d’autres mécanismes d’ajustement.

Les points de vigilance

La perte de contrôle. Une fois le closing passé, vous ne pilotez plus seul. L'acquéreur est alors pleinement (ou même exclusivement) impliqué dans les décisions de l'allocation des ressources, de la politique commerciale, des investissements. Votre earn-out dépend de résultats que vous ne maîtrisez plus entièrement. Si l'acquéreur réduit le budget marketing, retarde un recrutement clé ou réorganise les équipes, votre complément de prix peut être directement impacté, avec des marges de recours généralement restreintes.

Les indicateurs de performance (KPIs). L’EBITDA reste la référence dominante, mais il est sensible aux choix d’allocation et aux méthodes de calcul. Refacturation de coûts groupe, évolution des management fees, allocation de charges centralisées : autant d’éléments susceptibles d’affecter la base de calcul de votre earn-out. Les clauses standard offrent une protection limitée, en particulier lorsque les principes comptables ne sont pas définis avec précision dans le contrat.

La durée. Un earn-out sur trois ans implique trois ans de dépendance. Trois ans où vous restez impliqué, souvent avec une obligation de présence, mais avec un pouvoir réel plus limité. Trois ans où votre patrimoine reste en jeu, sans liquidité. Pour un dirigeant ayant pour objectif de se désengager, cette prolongation de l’implication peut être en décalage avec son projet personnel.

Notre conviction chez Evorya

Un bon earn-out se négocie avant tout sur ses conditions d'échec, pas sur ses promesses de succès. Nous voyons trop de dirigeants se focaliser sur le montant maximum du complément de prix sans questionner les scénarios où ils ne le toucheront jamais.

Quand nous structurons un processus de cession, nous privilégions une approche différente : maximiser le prix fixe, créer de la tension concurrentielle entre plusieurs acquéreurs, documenter rigoureusement les projections pour que le prix de base reflète déjà le potentiel. L’earn-out devient alors un outil d’ajustement, plutôt qu’un élément central de la structuration du prix.

Lorsqu'il est inévitable, parce que l'entreprise traverse une phase de forte croissance, que les preuves manquent encore ou que le marché l'impose, nous le négocions comme un produit dérivé : clauses de protection robustes, KPIs auditables, seuils de déclenchement atteignables, durée limitée.

L'intégration des personnes clés dans le dispositif d'earn-out renforce d'ailleurs sa crédibilité : si l'équipe managériale reste motivée et alignée, les chances de déblocage du complément augmentent mécaniquement.

Comment négocier un earn-out crédible et maîtrisé ?

Exiger des KPIs auditables et incontestables. Le chiffre d’affaires constitue généralement un indicateur plus robuste que l’EBITDA, dont le calcul dépend des conventions retenues et des modalités d’allocation des coûts. Si l’EBITDA est retenu, définir précisément les principes comptables, encadrer toute évolution des méthodes et prévoir un audit indépendant annuel.

Plafonner la durée. Au-delà de deux ans, le lien de causalité entre vos actions et les résultats s'estompe. Trois ans reste acceptable si les jalons annuels permettent de débloquer des paiements intermédiaires.

Prévoir des mécanismes de protection. Clause d'accélération en cas de revente anticipée (si l'acquéreur revend dans les 18 mois, vous touchez 100 % de l'earn-out). Clause de gel des décisions stratégiques (impossibilité de réduire les moyens sans votre accord). Droit de veto sur certaines allocations de coûts. Ces protections se négocient au même titre que le prix.

Structurer les seuils intelligemment. Un earn-out binaire (tout ou rien) est un piège. Privilégier une approche progressive : 50 % de l'objectif = 50 % du complément par exemple. Cela permet de réduire les asymétries et de sécuriser la mise en œuvre du mécanisme.

Négocier la liquidité partielle. Certains acquéreurs acceptent de financer une partie de l'earn-out par une garantie bancaire ou un séquestre (escrow). Cela sécurise au moins une fraction du complément de prix, indépendamment des performances futures.

L'earn-out n'est pas le seul mécanisme d'ajustement

D'autres outils existent pour gérer le décalage entre valorisation et réalité économique. Le mécanisme de locked-box fixe le prix définitif dès la signature, avec une date de référence comptable antérieure, éliminant les ajustements post-closing mais transférant le risque sur le vendeur. Les clauses de garantie d'actif-passif (GAP) protègent l'acquéreur sans conditionner le prix aux performances futures. Le ratchet (ou clause d'ajustement de prix) lie le prix final à des jalons opérationnels précis,.

Ces alternatives ne sont pas toujours les plus adaptées, mais elles doivent être systématiquement évaluées avant de recourir à un earn-out par défaut.

Le bon outil dépend du profil de l'entreprise, de la maturité de son modèle, et surtout, de votre capacité à documenter solidement votre valorisation en amont.

En résumé

L’earn-out est un pari, mais un pari qui doit être structuré.

Il se négocie avec la même rigueur que le prix de base, peut-être même davantage, parce que ses enjeux se révèlent après la signature, quand il est trop tard pour revenir en arrière.

Un processus M&A bien mené réduit structurellement le recours à l'earn-out. En préparant votre entreprise en amont, en construisant un dossier solide, en identifiant les bons acquéreurs et en orchestrant une compétition réelle, vous déplacez le rapport de force.

Si vous envisagez une cession et que la question de l'earn-out se pose, nous pouvons en discuter. Pas pour valider le mécanisme par principe, mais pour challenger sa pertinence dans votre situation. Parfois, la meilleure clause d'earn-out est celle qu'on n'a pas eu besoin de signer.


FAQ

L'earn-out est-il toujours défavorable au vendeur ?

La réponse courte est : non, mais il comporte des risques structurels. Un earn-out bien négocié peut débloquer une valorisation inaccessible autrement, surtout si l'entreprise entre dans une phase d'accélération. Mais dans la majorité des cas, les conditions de déclenchement et les leviers de pilotage défavorisent mécaniquement le vendeur. Le déséquilibre vient de la perte de contrôle post-closing.

Quel pourcentage du prix total peut raisonnablement être mis en earn-out ?

La réponse courte est : idéalement moins de 20 %, et pas plus de 40 %. Au-delà de 40 %, vous vendez une option, pas une entreprise. Le prix fixe doit représenter l'essentiel de la transaction. Si l'acquéreur refuse, c'est qu'il ne croit pas à votre valorisation, et vous ne devriez peut-être pas vendre à ce prix.

Peut-on refuser un earn-out si tous les acquéreurs l'exigent ?

La réponse courte est : oui, en élargissant le spectre des acheteurs potentiels. Si tous les candidats retenus imposent un earn-out, c'est souvent que le processus n'a pas été suffisamment compétitif ou que le profil des acquéreurs est trop homogène (par exemple, uniquement des fonds financiers). Un corporate stratégique ou un family office aura parfois une approche différente.

Que se passe-t-il si l'earn-out n'est pas atteint ?

La réponse courte est : vous ne touchez qu'une partie limitée voir riendu tout, sauf clause spécifique. L'earn-out n'est pas un dû, c'est une condition suspensive de paiement. Si les objectifs ne sont pas atteints, le complément de prix ne s'applique pas. D'où l'importance de négocier des seuils progressifs plutôt qu'un mécanisme binaire, et de documenter précisément les leviers de performance.

Un earn-out peut-il être financé ou garanti ?

La réponse courte est : oui, mais rarement en totalité. Certains acquéreurs acceptent de placer une partie de l'earn-out en séquestre (escrow) ou de faire garantir le paiement par leur banque. Cela sécurise au moins le risque de défaut de paiement, mais ne protège pas contre le non-atteinte des objectifs. C'est un point à négocier explicitement dans le SPA.

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